L'ensemble des textes produits par l'atelier d'écriture de la compagnie Aboligabo théâtre, basée à Romagne (86).
Salut Auguste,
J'espère que tu te rétablis bien. Je t'avais promis de t'écrire régulièrement pour te donner des nouvelles de chez nous et ainsi t'occuper l'esprit.
Figure toi qu'il s'est passé une chose incroyable ces jours-ci.
Lundi matin, comme chaque matin, après avoir pris un copieux déjeuner, je me suis rendu à l'étable pour soigner mes bêtes. C'est alors que je découvre un couple, sur la paille entre Rocco notre bœuf et Stan notre âne.
La jeune femme se plaignait, se tordait et répétait sans cesse: " Je veux une péridurale, je veux une péridurale".
L'homme avait des yeux hagards et le discours qu'il me tint par la suite me laisse à penser qu'il avait consommé des produits illicites, la veille.
Devant mon air interrogateur, il se présenta spontanément: il se prénommait Joseph, Jo pour les intimes. Il m'expliqua que sa "cops", Marie était en train d'accoucher. Il tint à me préciser avec insistance qu'il n'était pas le père de l'enfant.
La fameuse Marie ne tenait plus en place, envahie par la douleur. Malgré ses souffrances, Joseph gardait un air très détaché à tel point qu'il s'empara de son téléphone portable et se mit à appeler successivement plusieurs de ses potes avec des noms bizarres, Melchior, Balthazar, Gaspard.
Ces trois hurluberlus ne tardaient pas à débarquer à la ferme : le premier avec un baril de lessive « Mir » dans les mains car, je le cite « un accouchement, ça tâche ! » ; le second accompagné de sa cousine Laure qui adore les enfants et vient d’obtenir son agrément d’assistante maternelle ; le troisième avait les doigts en sang. Il nous expliqua qu’il s’était blessé en voulant cueillir du houx porte-bonheur.
La pauvre Marie vécut alors un authentique calvaire car ils entreprirent de l’aider à accoucher, seuls. J’insistais lourdement pour leur recommander notre médecin de famille, le Docteur Judas, mais ils refusèrent obstinément.
Je ne sais par quel miracle, après plusieurs heures d’un véritable enfer pour la mère, un petit garçon naissait en bonne santé apparente.
Sans se soucier du supplice éprouvé par la jeune maman, les autres débattirent ensuite longuement du choix du prénom dont lequel l’enfant serait affublé.
« Si on l’appelait Jésus ! » proposa finalement Joseph.
« C’est trop naze. Arrête ! » lui répliqua Gaspard.
Mais devant l’enthousiasme de Melchior, Laure et Balthazar, il finit par céder en obtenant toutefois l’autorisation de lui donner « Chris » comme deuxième prénom. C’était paraît-il le patronyme d’un ses copains théâtreux qui vivait à Couhé dans la Vienne.
Je ne peux malheureusement pas te raconter la suite car c’est à ce moment que Cornelia m’appela pour le souper. A mon retour de la cuisine, tout ce petit monde avait disparu. Je me demande bien quelle vie peut avoir ce petit Jésus Chris. Que Dieu le protège…
Prends bien soin de toi. A très bientôt.
César.