Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'ensemble des textes produits par l'atelier d'écriture de la compagnie Aboligabo théâtre, basée à Romagne (86).

Publicité

Bien cher frère (Fabienne, Mariette, Jean-Mi, Francis)

Bien cher frère,

Ca sent le sapin.

Je ne sais pas qui est mort. Peut-être notre innocence, sacrifiée à
l’autel du devoir, des obligations et de la trop lourde dinde de Noël.

Une petite veillée funèbre s’impose t-elle encore cette année ? en
souvenir d’une improbable magie disparue ? des clinquantes étoiles au
dessus du petit Jésus ?

Tu me vois désolée d’assassiner aussi sûrement les retrouvailles de la
famille, mais je crois que mon précaire équilibre n’y survivrait pas,
mes pas ne me dirigent pas vers le marécage de chocolat et de saindoux,
ni vers les aigreurs de mon estomac et de vos reproches.

Si vos cerveaux en ébullition tournent et ronflent joyeusement, sur les
braises d’une colère ancestrale, qu’ils tournent un peu à vide ne leur
fera que du bien.

Par contre, le 25 au matin, je te propose un petit footing. Nous
pourrions nous retrouver chez toi à huit heures et demie. Il faut que
tout le monde soit là : les femmes, les enfants et les chiens. A
l’arrivée, nous partagerons un saucisson car c’est bien connu : Noël
avec saucisson, à Pâques on saute au plafond. Quant à la dinde elle doit
toujours être vivante ; alors je te propose de la remettre en liberté.
Quant au saindoux, lui on s’en fout. Ah ! se coucher à 21 heures le 24
décembre, quel bonheur ! Quelle nuit d’enfer ! Frère, tu es d’accord
avec moi ?

Bien sur que tu es d accord avec moi .

Tu dois me trouver bien cynique. Mais je dois t avouer que je suis las de tout ce

Cinéma .

Et puis tous les ans , je vois arriver cette date fatidique avec angoisse.

J ai peur petit frère ,j ai peur que ces derniers réveillons catastrophes

Effacent nos beaux souvenir d enfants

Te rappelles tu les noëls de notre petite enfance ? quand avec papa

 Nous partions dans les grands bois chercher le sapin de noël

Et ces guirlandes que nous concevions nous-même  avec du papier crépon

Sans oublier ; ces petits gâteaux que nous cuisinions avec maman . ça

Sentait si bon le beurre chaud .

Ce soir la on nous ne pensions qu'a une seule chose , au bonheur que nous vivions tous ensembles 

C est  ce que je veux préserver petit frère,  peux tu le comprendre ?

Tu restes mon petit frère et quoique tu puisses en dire j y tient

    A te revoir prochainement , quand tu le voudras , mais de grâce

Évites le 25 décembre

Très affectueusement  

                      Ton grand frère          

 

 

Cher grand frère,

 

Je te sens bien las de la vie. Lorsque le cœur d'enfant s'évanouit, c'est l'élan qui part avec lui. Mais tu es l'aîné, peut-être as-tu grandi trop vite ? Les guirlandes en crépons, mes doigts s'en  souviennent encore, ce toucher irrégulier du papier et puis les gâteaux comme j'aimais les manger chauds. Ah oui grand frère, de si beaux souvenirs !

Mais ton aigreur, qu'elle soit d'humeur ou d'estomac ne doit pas t'envahir. Viens, nous réinventerons ensemble un Noël des sens où chaque détail aura son importance. Préparons ensemble les réjouissances, cela fait partie de la fête.

Il neige, profitons-en ! A nous le vertige des flocons, du grand blanc !

Tu me parles de partager un saucisson et bien oui, partageons. Oublions la dinde, les dindes et autres dindons, de la farce, bien-sûr. Faisons, ensemble, de ce Noël, un jour inoubliable, forgeons-nous des souvenirs de grands-enfants, reprenons nos rêves là où nous les avions laissés. Te souviens-tu de Frison Roche, de Paul Emile Victor ?  Inventons-nous une banquise, le blanc relève les autres couleurs. Alors, aide-moi à inventer, pour nous et rien que pour nous, la couleur de nos souvenirs futurs. Noël n’est rien d’autre qu’un moment hors du temps, laissons notre imagination décider de ce que nous voulons en faire. Oublie les conventions, elles ne sont là que pour masquer notre vacuité, notre incapacité à créer du rêve. Je suis d’accord avec toi, laissons les autres déverser leurs aigreurs, leurs désabusements. Qu’ils se jettent leurs petites mesquineries à la figure en se goinfrant de marrons ! Mais rien ne nous oblige à leur ressembler. Ne te laisse pas happer par les mêmes travers.

Viens ! Nous nous délecterons de mets sucrés, nous sucerons nos doigts, lècherons la neige, nous nous perdrons dans les bois, décorerons les arbres à notre manière, tout est possible aux cœurs vaillants.

Je n’ai jamais autant eu envie de passer ce moment avec toi, pour que nos anciens et futurs souvenirs puissent se rejoindre.

Je t’attends.

 

 

 

Ton petit frère, comme tu aimes à me le rappeler.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article