L'ensemble des textes produits par l'atelier d'écriture de la compagnie Aboligabo théâtre, basée à Romagne (86).
Il traversa le sombre couloir à grandes enjambées, pénétra dans le garage où ronflait la vieille chaudière à bois, enfila ses bottes puis sortit dans le jardin. L'obscurité et les bottes rendaient son avancée lourde et maladroite si bien qu'il s'écroula de tout son long dans l'allée; faisant au passage tomber ses lunettes sur le gravier. A plat ventre, la bouche collée contre le sol, il sentit des petits cailloux collés contre son palais; il les recracha bien vite avant qu'il ne les avale. Le goût désagréable sur sa langue lui rappela son enfance quand, les jours de fièvre, sa mère l'obligeait à sucer des galets lorsque le mercure grimpait trop haut dans le thermomètre. Reprenant soudain ses esprits, il se remémora ses obligations et poursuivit sa route, mais sans ses lunettes abandonnées dans l'allée; sa démarche déjà pataude devint alors chaloupée et incertaine. Apercevant dans le ciel la lune céder lendement sa place au soleil, il accéléra et franchit le portail pour rejoindre le terrain vague. Il avait conscience que ce rituel matinal était ridicule et épuisant mais il ne pouvait s'empêcher de le suivre jour après jour. Dans le lointain, il aperçut le chêne, et se sentant proche du but à atteindre, il cria victoire et commença à défaire le zip de sa braguette. Enfin arrivé à destination, il sortit son petit oiseau et, comme chaque matin, il urina sur le morceau d'écorce formant un rugueux relief au bas de l'arbre centenaire.